LUDES, un village situé au bas de la montagne, au sommet de la côte du vignoble, et dont l'existence est prouvée dès le commencement du IXème siècle. Une charte rapportée dans la chronique de Flodoart constate que le roi Louis Le Débonnaire, Roi des Francs, et son fils Lothaire, ordonnèrent alors la restitution à l'église Saint Remi de " villa Lucida in pago Remensi ", prise par "des gens violents". Guérard fait même remonter Ludes à une époque antérieure, proposant d'y reconnaître le Luta du polyptyque de Saint Remi.

 

 

         L'origine de Ludes se perd dans la nuit des temps. Le site favorable de notre Montagne a du inciter des hommes laborieux à s'y arrêter de bonne heure.

 

         En effet, notre village a un passé lointain puisqu'il remonte au néolithique. Bosteaux et Pistat y signalent sous l'ère quaternaire une station campignienne. (-4000 ans av. notre ère)

 

         "Dans l'eau vive qui se présente d'elle-même, une montagne boisée qui convie à se faire décharger de ses produits, des matériaux de haute espèce, propres à bâtir, une terre facile à remuer, le tout près d'une ville guerrière et commerçante ... (Abbé Desselle, curé de Ludes 1845)

 

         L'époque gallo-romaine aussi à ses témoins. Une voie romaine reliant Reims à Sens passait au hameau du Craon de Ludes. Une voie parallèle à la montagne est connue sous le nom de "Chemin de la barbarie". Il apparaîtrait d'après Flodoard "en 818" sous le nom de "Lucida" puis il devint "Luidium" en 1147, "Luidia" en 1215, "Lude" (sans s) en 1220 et "Ludes" en son orthographe actuel en 1349.

 

         Quoi qu'il en soit, Ludes fut dès le moyen âge un village important, appartenant à une famille noble sur laquelle nous avons un assez grand nombre de mentions.

 

Notre village a changé de nom une vingtaine de fois depuis 818.

 

Vers 818     Lucida (Flodoard l. 11, c. 19)

1147           Luidum (cart. d'Avenay f°1 V°)

1215           Luidia (St. Basle l. 27)

1216           Lusdia (Chap. de Reims, l. Ludes)

1220           Lude (St. Remy l. 186)

1222           Luide, la Lude (livre des vass. de Champ).

1233           Luida (cart. A de St. Remy de Reims p. 190)

1257           Luyda (arch. nat. S. 5036)

1260           Luisdia (nécr. de l'église de Reims p.102)

1263           Luda (arch. adm. de Reims, t. I p. 855)

1276           Ludya (St. Basle l. 13)

1295           Luyde (St. Pierre aux Monts c. 19)

1303-1312  Ludia (arch. adm. de Reims t. I p. 1117)

1349           Ludes (chap. de Châl. a. 6 l. 46)

1353           Luydes, Luides (arch. nat. P182 f°132 et 133 V°)

1602           Luddes (ibid. P. 181, 126)

1662           Ludde (ibid. P.193, 63)

 

Ludes était compris, en 1789, dans l'élection de Reims et suivait les coutumes de Vitry.

 

Son église paroissiale, diocèse de Reims, doyenné de Vesle, est dédiée à Saint-Jean-Baptiste.

 

Les Templiers de Reims avaient des biens à Ludes et possédait la cure de l’église de Ludes.

Les Templiers et les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem se sont établis simultanément dans l’ancien diocèse de Reims.

La commanderie du Temple avait toute justice en tout ou partie : à Bouzy, lsse, Vaudemange, Ambonnay, Tours, à la Perche de Bouzy, Vincelles, Vaudesincourt ; moyenne et basse en partie à Ludes.
Elle décimait en totalité ou en partie A Courtagnon, Savigny-sur-Aisne, Monthois, Liry, Saint-Martin, Sugny, Saint-Morel, Vendy, Ballay, Seez, Puiseux, Vaudesincourt, Moronvilliers, Grand-Saint-Hilaire, Thuisy, Nanteuil-la-Fosse, Ludes (grains), Villers-Agron, Cierge, Cunel, Cernay, Courcelles.
Le commandeur nommait enfin aux cures de : Romain, Ludes, Courtagnon, Nanteuil, Bouzy, Moronvilliers, Vaudesincourt, Leffincourt, Mont-Saint-Martin, Sugny, Liry, Monthois, Corbon, Saint-Morel, Savigny, Vandy, Ballay. Les dimes de ces paroisses lui appartenaient naturellement en tout ou en partie.


         Le Craon de Ludes, au sommet de la côte, fondé au XVIIIème siècle était composé uniquement de tuileries qui furent en pleine activité en 1867. Aujourd'hui les tuileries et briqueteries ont disparu.

                  

         Ludes vit essentiellement maintenant de ses 315 ha de vignes et métiers parallèles. Il y a également quelques agriculteurs qui ont tous des vignes.

                  

         Notre vin est réputé depuis longtemps. Henry IV l'estimait beaucoup et sa renommée atteignit rapidement la Grande Bretagne et même la Russie sous le nom de "Vin du clos Allard" ou Allard de Maisonneuve.

                  

         Moreau Bérillon, dans son ouvrage intitulé "Au Pays du Champagne", écrit : « Le vin de Sillery, si renommé, porta longtemps le nom de Vin de la Maréchale, en souvenir de la Maréchale d'Estrées qui sut, par des perfectionnements apportés à la confection de son vin, en rehausser la qualité et, par ses nombreuses relations, lui assurer une grande renommée. Ce vin était récolté, non pas à Sillery même, mais sur les côtes de Verzenay, Verzy, Mailly et Ludes. Le marquis de Sillery sut conserver et accroître la renommée acquise. En 1630, c'était un vin léger, délicat et vif. Plus tard, vers 1697, il pétillait davantage. »

 

         Charles Heidsieck fut un très bon ambassadeur pour les vins de nos coteaux.

                  

         En 1889, la pièce de vin valait à Ludes 1365 F contre 1200 F à Cramant et Le Mesnil.

                  

         Mais Ludes était surtout renommé pour son argile. En 1845, Ludes comptait 22 tuileries et 14 fours à chaux qui produisaient les célèbres "tuiles et briques de Ludes". La plus ancienne dont on trouve trace dans les archives est en 1428 : la Commanderie du Temple possédait à Ludes une rente de 4000 tuiles.

        

         La dernière au Craon de Ludes a été détruite par un incendie en 1930. Il existe encore des vestiges de la briqueterie Pyc, Mill et Corn dans le bas de Ludes.

 

En étudiant les inscriptions sur les carreaux, A. Chevalier a recensé vingt-et-un noms de potiers et en tire des indications concernant leur origine et celle des tuileries où ils ont travaillé. Par exemple, le potier JACQUES DE LUIDE : "Luide" désignant le village de Ludes, renommé pour son industrie de carreaux.        

                  

         En ces années 1845, Ludes possédait trois moulins. Deux à vent, dont on trouve les résultats comptables de 1848 et surtout ce qui est incroyable pour notre village, un moulin à eau. Les sources qui alimentaient le village en eau potable, étaient-elles suffisantes pour faire tourner un moulin ?

                  

         L'industrie de Ludes était fort diversifiée, car on trouve trace d'un tissage au XVIIème siècle, spécialisé dans la fabrication des étamines "façon de Ludes".

                  

         En 1830, notre village avait 4 maréchaux, 1 bourrelier, 2 boulangers, 2 bouchers, 4 tonneliers, 2 maçons, 2 charpentiers, 1 vannier, ainsi que les tuiliers, briquetiers, potiers cités précédemment.

 

         Mais l'histoire de Ludes c'est aussi son église construite au XV° et XVI° siècle sur les bases du IX° siècle.

                  

         Une magnifique vierge à la grappe du XIV° siècle (mutilée) garde l'entrée nord. Les seigneurs de Ludes reposent à l'intérieur de l'église.

                  

         L'histoire de Ludes c'est aussi "la Fronde". Le baron d'Erlack et ses mercenaires à la solde du Prince de Condé détruisirent Ludes en 1649 puis en 1652 avec comme devise: "Frappe fort, prends tout et rends rien".

                  

         C'est aussi 1871. Prise du Maire en otage et arrivée d'un ballon, le "Duquesne" qui transportait des marins blessés, des dépêches et des pigeons voyageurs. Il s'est échoué dans les bois St Jean et les habitants le cachèrent au fond d'un puits d'argile.

                  

         Trois châteaux vécurent à Ludes à diverses époques. Tout d'abord l'ancien château féodal qui se trouvait devant la halle face à l'église, dans la propriété actuelle de Monsieur Gaidoz.

                  

         Puis le magnifique château amoureusement conservé, construit au XVII° siècle (1672) propriété des "Dames de France", filles naturelles de Louis XV et tantes de Louis Capet, qui quelquefois y vinrent dormir.

                  

         Son dernier château de style renaissance, construit en 1873 par François Abelé de Muller. Ce château connut les deux guerres mondiales, servit d'hôpital de tri, 15000 gazés y transitèrent. Puis en 1940 il fut occupé par les soldats britanniques de la Royal Air Force. Ceci lui apporta de lourdes séquelles et il fut malheureusement démonté en 1955. Seul subsiste encore la porte d'honneur et la maison du gardien.

 

Les caves de ce château ont passé dans diverses mains après François Abelé, ce fut le tour de Luling Heidsieck, Canard-Duchêne, Veuve Clicquot, puis le Groupe Thiénot.

 

         Les caves étaient reliées par un trolley à la 1ère ligne du réseau C.B.R. mise en service en 1896, Cormicy-Reims-Verzy, prolongée en 1901 jusqu'à Ambonnay. De cette époque nous reste la gare.

                  

         A quelques distances de là "le Poilu défendant ses vignes" œuvre du sculpteur parisien Luigi BETTI, érigé en 1922, à la mémoire des enfants morts pour la France, semble garder l'entrée Est de notre village.

 

         Après ce petit tour d'horizon pour situer la commune, voici chronologiquement, tout ce qui a pu être trouvé sur Ludes, et les évènements champenois et français qui influencèrent fortement la vie du village.