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Avril 1914  Les métiers à Ludes.

D'après la liste électorale, il y avait à Ludes, les métiers suivants (il manque la moitié des métiers, les femmes n'étaient pas sur les listes électorales, et les mineurs (enfants) qui travaillaient non plus).

 

Instituteur 1 – Camionneurs 3 – Cultivateurs 6 – Propriétaires 70 – Carriers 2 – Manouvriers 8 – Cantonniers 5 – Succursalistes 3 – Vignerons 60 – Cavistes 13 – Maçons  10 – Négociants en vins 4 – Employés 3 – Boucher 1 – Boulangers 2 – Peintre 1 – Rentiers 2 – Maréchal 1 – Graveur 1 – Curé 1 – Domestique 1 – Charrons 2 – Charpentiers 2 – Briquetiers 2 – Zingueur 1 – Facteurs 2 – Cordonnier 1 – Menuisiers 2 – Garde Champêtre 1 – Chefs vignerons 2 – Charretiers 2 – Jardiniers 6 – Courtiers en vins 2 – Buraliste 1 – Bourrelier 1 – Charcutier 1 – Tuilier 1 – Cuisinier 1 – Fruitier 1 – Garde Forestier 1 – Tailleurs de pierre 2 – Débitants 2 – Charbonnier 1 – Comptables 2 – Terrassier 1 – Bûcheron 1

 

Guerre de 1914

         235 soldats ont été inhumés dans le cimetière civil de Ludes du 19 octobre 1915 au 19 juillet 1918, dont 13 russes et 3 allemands inconnus.

         Tous ces soldats sont morts dans le secteur de Ludes ou dans les antennes de secours que l'on appelait ambulance (N° 13/12, 13/22, 1/52, 1/89, 8/15 et 4/1)

 

12 septembre 1914

         M. l'abbé Camu s'est rendu avec M. Neveux de Reims à l'état-major allemand au Lion d'Or, pour intercéder en faveur des curés de Bouilly et de Ludes arrêtés la veille ; ils avaient été retenu comme otages avec la menace d'être pendus avec d'autres habitants, l'ennemi voulant assurer non seulement la sûreté de la garnison, mais la tranquillité de son départ s'il devait quitter Reims.

           M. l'abbé Delozanne, emmené comme otage par les allemands le 11 septembre 1914, est prisonnier à Traunsten (Bavière), il est remplacé dans sa paroisse par M. l'abbé Stévenot, émigré d'Amagne.

 

15 septembre 1914

          Guy François Marie Louis Emile PACHEU, né à Bruz (Ile et Vilaine), le vingt cinq avril mil huit cent quatre vingt dix, maréchal des logis au 50° régiment d'artillerie, est décédé en cette commune, lieudit La Cuche.

 


Les tranchées dans le secteur de Ludes : 

En rouge, les tranchées françaises

En bleu, les tranchées allemandes



19 septembre 1914

           Le 118° régiment d'infanterie cantonne à Ludes.

 

22 septembre 1914

           Passage du 63° régiment d'infanterie.

 

1er octobre 1914

          Paul RAVIGNY, né à Gespunsart (Ardennes) le dix sept avril mil huit cent quatre vingt deux, soldat au 61° régiment d'artillerie, 2° batterie, N° matricule 9697, est décédé à l'ambulance de la rue Astoin, des suites d'accident de voiture en service commandé.

 

2 octobre 1914 (Carnets de l’Abbé Peters)

 

     En revenant de Trois-Puits, nous avons vu une vingtaine d’obus tomber sur la ferme du Montfournois .

 

23 octobre 1914 (Carnets de l’Abbé Peters)

 

       L’Abbé Delozanne, curé de Ludes, a écrit à des personnes de sa paroisse qu’il est prisonnier en Bavière au camp de Grafenvöhr avec l’abbé Baron de Fléville et plusieurs prêtres meusiens.

 

6 novembre 1914 (Carnets de l’Abbé Peters)

 

         Demain je dois enterrer à Ludes une jeune fille qui a reçu un éclat d’obus à St Léonard.

 

11 novembre 1914 (Carnets de l’Abbé Peters)

 

       A Ludes, l’ambulance est au château. Il y a 3 prêtres du diocèse d’Angers parmi les infirmiers. Les émigrés occupent la maison Buneau où était jusqu’alors l’ambulance.

 

12 novembre 1914 (Carnets de l’Abbé Peters)

 

       J’ai baptisé à Ludes un enfant d’une pauvre femme émigrée. C’est un officier qui était le parrain. On ne sonne pas les cloches à Ludes, mais le canon se faisait entendre.

 

24 novembre 1914

          Eau bouillie. – Quelques cas de fièvre typhoïde étant signalés au 273e d’infanterie et à l’ambulance de Ludes, le médecin-chef de service recommande une fois encore de faire bouillir l’eau ; MM. les médecins devront passer journellement dans les cantonnements des compagnies pour s’assurer que cette prescription est rigoureusement observée et signaleront au lieutenant-colonel les compagnies qui ne s’y conformeraient pas ; il y a là une question d’intérêt vital pour tout le monde.

 

2 décembre 1914

        L'Eclaireur de l'Est signale les prisonniers de guerre au camp de Koenigsbruck (Saxe) dont Ernest Monmarthe, soldat au 5e d'artillerie.

 

3 décembre 1914 (Carnets de l’Abbé Peters)

            Des obus allemands sont tombés à 300m de Ludes sur la route du Craon.

 

1er janvier 1915

          Maurice Eugène Georges TRAULLÉ, né à Hesdigneul (Pas de Calais) le vingt trois septembre mil huit cent quatre vingt cinq, soldat au 1er régiment d'artillerie lourde, 21° colonne légère, est décédé au lieudit le Bas de Ludes.

24 janvier 1915 (Carnets de l’Abbé Peters)

 

            Pendant midi, j’au dû retourner à Ludes pour une maman tombée subitement malade. Elle avait perdu connaissance, elle est morte peu après. Elle laisse trois orphelins, son mari est dans les tranchées, leur ferme de Puisieulx est bombardée.

 

27 janvier 1915 (Carnets de l’Abbé Peters)

            J’ai enterré à Ludes la jeune femme de Puisieulx.

 

21 mars 1915 (Carnets de l’Abbé Peters)

            Aujourd’hui un boche a lancé 5 ou 6 bombes sur Ludes. Une seule a fait quelques dégâts en perçant la toiture d’une maison appartenant au maire Mr Canard.

 

27 mars 1915 (Carnets de l’Abbé Peters)

            J’ai un successeur à Ludes, c’est M. Stevenot, curé d’Aumagne.

 

12 avril 1915       

          273e régiment d'infanterie. Les 4e et 5e bataillons arrivent à Sapicourt tandis que le 6e bataillon est en ligne dans la tranchée de la Baraque. C’est un bataillon du 74e qui le relèvera…

Dès le 14, la CHR et l’état-major qui se trouvaient à Roucy se dirigent vers Courcelles-Sapicourt où est déjà arrivé le 6e bataillon et deux compagnies de mitrailleuses. L’ordre de se rendre à Ludes arrive.

Le 5e bataillon est passé en revue près de Rosnay par le général commandant la 5e armée.

Etaient également sur place, un bataillon du 208e et du 310e RI.

Puis il se met en marche de nuit et se dirige vers Gueux, Champfleury, Rilly, Chigny et arrive à Ludes avant d’être rejoint par les autres bataillons.

Après quelques jours de repos et d’instruction, c’est la division entière qui part remplacer la division du Maroc au bois des zouaves.

Les zouaves ont amélioré les tranchées que le 273e occupait en février 1915.

Le 24 avril, l’état-major est resté à Ludes, le 5e bataillon défend les tranchées se trouvant le long de la route de Beine avant que le 6e bataillon ne rejoigne Ludes.

Le 25 avril, il est décidé que le bataillon en 1ère ligne y restera 8 jours tandis que celui de 2e ligne sera 4 jours en demi repos à Sillery et 4 jours en repos à Ludes.

Le 26 avril, Sillery est bombardée.

Les jours suivants, les bataillons se relèvent sur les mêmes positions.

 

27 mai 1915

        45e régiment d'infanterie, 7e compagnie. Réveil à 5 heures dans un bois. Soupe à 9 heures. Départ à 11 heures pour embarquer en autobus à Muizon (Marne). On roule toute la journée. Arrivée à 14 heures à la Neuville, soupe dans un bois. Départ à 21 heures pour Ludes où nous couchons dans une école. Départ le lendemain à 7 heures pour Mailly-Champagne où nous prenons la garde.

 

15 juin 1915

     Enveloppe bleue , vide , datée au cachet poste du 15 juin 1915, arrivée à St Martin le 19 juin 1915.cachet de la poste. Carte postale : Correspondance des Armées de la République, non datée……..pas de cachet…. Envoi de Beuzelin E. soldat, 411ème d’infanterie, 9 ème compagnie, secteur postal n°99 P. Adressée à Monsieur François Beuzelin, cultivateur, à Saint Martin aux Bunaux. Seine inférieure :

     Chers Parents, Je vous écris ces deux mots pour vous dire que je suis toujours en bonne santé, aussi je suis changé de place. Je suis du côté de beauséjour, là on est de nos tranchées aux tranchées boches à 60 mètres et il ne fait pas bon montrer sa tête car il y en a tous les jours qui se font dégringoler. Je vous dirai aussi que je suis mal pris car je ne peux plus mettre mes souliers, j’ai les pieds en sang, j’ai été 4 jours sur repos à Ludes, un beau pays, et j’ai dépensé mes sous à acheter des espadrilles, et un peu de vin, car il ne coutait que onze sous. Je termine en vous embrassant tous. Votre Fils, E. Beuzelin.

 

19 juin 1915

          Cette carte postale de Ludes a été écrite le 19 juin 1915 par un soldat allemand.

Voici la traduction :

          Cher Hermann,

C'est avec plaisir que j'ai reçu ta carte du 15 de ce mois et je t'en remercie. Je me réjouis de savoir que tu vas encore bien et je peux en dire autant pour moi. Dans les prochains jours je vais être remplacé ici, car l'armée de réserve est  arrivée. Je t'en dirai plus plus tard. Tu m'a parlé des avions, et je peux te dire aussi qu'hier matin on a reçu deux bombes à Loivre. Une est tombée sur un train, qui était stationné dans la gare avec des soldats d'artillerie et 8 ont été tués et 7 blessés et on dit que 4 sont peut être décédés.

Je te quitte ici avec mes meilleurs amitiés et à bientôt. Ton ami Ewald.

19 octobre 1915

          Jean NIGOU, né le 10 février 1873 à Leynhac (Cantal), et René CATALAN, né le 12 novembre 1871 à Cumont (Tarn et Garonne), soldats au 300° régiment d'infanterie territoriale, sont décédés des suites de blessures de guerre à l'ambulance 1/52 de Ludes.

          Pierre LOUBIGNAC, né le 21 mai 1874 à La Villedieu (Dordogne), soldat de 2° classe au 291° régiment d'infanterie territoriale, décédé à Ludes.

          Jules JEANJON, né le 3 février 1873 à Bussière-Dunoise (Creuse), sergent au 291° régiment d'infanterie territorial, décédé à l'ambulance 1/52 de Ludes par asphyxie par les gaz.

          Vincent VELLY, né le 24 juillet 1873 à Cléder (Finistère), soldat de 2e classe au 211e régiment territorial d'infanterie, décédé à l'ambulance 1/52 de Ludes par intoxication par les gaz. Nécropole nationale de Sillery (51) tombe 5071.

Félix Fernand GREFFE, caporal au 291° territorial d’infanterie, né le 13 juillet 1889 à Saucourt (80), décédé de blessures de guerre à l’ambulance 1/52 de Ludes

Noël Etienne CRAPEZ, 2° canonnier au 30° rég. d’artillerie, né le 17 décembre 1883 à Hecq (59), tué à l’ennemi à Ludes.

Henri Emmanuel Maurice ALLEGRE, né le 23/03/1873 à Caromb 84, soldat au 118e RIT (Infanterie), est décédé à Ludes à l’ambulance 1/52 des suites de blessures de guerre. Inhumé au cimetière militaire de Sillery 51, tombe 5102

 

Octobre 1915

          Le château de Ludes, dit "Château Abelé", qui avait déjà été utilisé comme poste de secours, a été transformé en ambulance, en octobre 1915, par l'ambulance 1/52, et il a depuis, conservé son affectation avec les ambulances 8/15, 3/56, 4/60 qui s'y sont succédé.

          Cet immeuble comprend de grandes pièces pouvant recevoir 120 lits. Les services généraux : salles de réception, salles d'opérations avec préparatoire, pharmacie, cuisine, magasin, vestibule, y sont également installés.

          Une annexe de 63 lits, dépendant de cette ambulance, occupe une maison voisine.

          Cette formation dispose, au total, de 183 lits. Elle est utilisée surtout comme ambulance de triage ou comme ambulance de traitement de petits malades ou de petits blessés.

 

 

19 octobre 1915

Albert Henri MALOT, né le 14/11/1884 à Concevreux 02, sergent au 245e régiment d’infanterie, est décédé à Ludes à l’ambulance 1/52 par intoxication au gaz au combat de la Pompelle.

 

20 octobre 1915

          Pierre BOYER, né le 15 mars 1870 à Saint Georges (Cantal), sergent au 300° régiment d'infanterie territoriale, est décédé des suites de blessures de guerre à l'ambulance 1/52 de Ludes.

          Joseph Louis Pascal CRAPPIER, né le 27/04/1877 à Caix (80), 2e classe au 291è régiment d'infanterie, tué à l'ennemi à Ludes.

          Marie Isidor CROUZET, né le 08 septembre 1871 à La Tieule (Lozère), André Martin AVANTURIER, né le 27 octobre 1872 à St Etienne (Loire), soldats au 300° régiment d'infanterie territoriale, sont décédés des suites de blessures de guerre à l'ambulance 1/12 de Ludes.

          Gaston LAPETOUILLE, né le 12 juillet 1887 à Mery sur Oise (95), soldat au 245° régiment d'infanterie, décédé à l'ambulance 1/52 de Ludes des suites d'intoxication par les gaz.

 

21 octobre 1915

         Raymond Constant VIOT : né le 20 février 1884 à Doullens (80), caporal au 245è R.I., tué à l'ennemi suite à l'intoxication par gaz le 21 octobre 1915 à Ludes.

         Emile SAUVAGE : né le 6 mai 1878 à Caderousse (Vaucluse), adjudant au 118° régiment territorial, décède à l'ambulance 1/52 de Ludes suite à l'intoxication par les gaz.

        Pierre Léon CAT, né le 6 juin 1875 à Carpentras (Vaucluse), caporal au 118° régiment d'infanterie territoriale, décède à l'ambulance 1/52 de Ludes.

          Joannés Pétrus COSTE, né le 18 mai 1879 à St Bonnet le Courreau (Loire), soldat de 2e classe au 291e régiment d'infanterie territoriale, décédé à l'ambulance 1/52 de Ludes, suite de blessures de guerre. 

         Alfred DUGAT, né le 26 octobre 1869 à La Métairie, commune de Charensat. Sous-Lieutenant au 301e RIT, 11e Cie, décédé des suites d'intoxication par les gaz à l'ambulance 1/52 de Ludes.

          Oscar Victoria Théophile RABACHE, né le 21 août 1885 à Castel (80), soldat au 245e régiment d’infanterie, décédé à Ludes des suites de blessures de guerre.

 

22 octobre 1915

     88e régiment d'infanterie. Hier soir à minuit, nouvelle alerte. Les boches ayant relancés des gaz asphyxiants, deux de nos bataillons sont partis en ligne et nous, nous voici en alerte à Ludes.

Ici nous pouvons nous rendre compte du mal causé par le gaz sur nos pauvres territoriaux. 86 tombes au cimetière parlent éloquemment du mal qui nous a été fait, et les malades à l'agonie en ambulance montrent que le chiffre va encore s'élever.

 

8 novembre 1915

     291e régiment d'infanterie. Le 291e quitte Reims à la nuit. Point initial : Place Dieu- Lumière à 17 h. 30. Il se rend à Ludes en passant par Cormontreuil et le hameau de Varsovie. Arrivée à Ludes à 20 h.30. 9 et 10 novembre Séjour à Ludes. Travaux de propreté. Repos.

11 novembre. Reconnaissance du secteur de Puisieulx-La Pompelle dans la matinée. Le régiment quitte Ludes à 17 heures ; il relève deux bataillons du 55e R.I. Tout est terminé à 21 heures, sans incidents. Au cours du mois de novembre, aucun incident
marquant à relater. Patrouilles de sécurité, bombardements.
30 novembre. Journée calme. A 20 heures, le régiment, relevé par le 348e, va
cantonner à Ludes où il sera en réserve de corps d'armée. Arrivée au village à 23 heures.
Du 1er au 15 décembre. Le régiment cantonne à Ludes. Repos, exercices, travaux à un boyau entre la Montagne de Reims et la Vesle.
16 décembre. Le 291e relève le 348e dans le secteur de La Pompelle. Il est inspecté, l'après-midi, par le général Franchet d'Espérey, commandant la Ve armée.
Départ de Ludes à 20 heures ; relève terminée sans incidents entre 22 et 23 heures.

 

24 novembre 1915

          Louis LEGRAND, né le 16 mars 1879 à Paris, soldat de 2° classe au 291° régiment d'infanterie, thorax enfoncé suite à l'éboulement d'un abri de tranchée qui s'est effondré sous l'impact d'un obus de gros calibre, décède à l'ambulance 1/52 du 38° corps d'armée à Ludes.

 

11 décembre 1915 – Journal « L’Auvergnat de Paris »

 

Nous avons le regret d’apprendre la mort de notre compatriote, Pierre BOYER, sergent mitrailleur, tombé glorieusement au combat de Sillery le 20 octobre 1915, dans sa 46° année. L’inhumation provisoire du vaillant sergent a lieu au cimetière de Ludes. Le regretté défunt était originaire du village Saint-Michel, commune de Saint-Georges près Saint-Flour.

 

10 mars 1916

        L'Eclaireur de l'Est signale la libération des prêtres emmenés en captivité : M. l'abbé Baron, curé de Fléville ; M. l'abbé Marchand, curé de Louvercy ; M. l'abbé Christin, curé du Chesnois ; M. l'abbé Delozanne, curé de Ludes.

 

6 avril 1916

     58e régiment d'infanterie. Le 6 avril au soir, on quitte Champfleury pour aller à Ludes. La marche est pénible, à cause du terrain qui glisse. Le 7 avril, au soir, on va relever le 240iéme au secteur de Sillery, pour y aller, on passe par Puisieulx, Sillery, le petit Sillery. Ma compagnie va en réserve à l’ouvrage 9, à droite du Fort de la Pompelle et à côté de la route qui passe à la ferme d’Alger. Le secteur ne semble pas trop mauvais, mais le 10 avril, , messieurs les boches bombardent le Fort de la Pompelle, avec violence, avec des torpilles et des obus de gros calibres sans que notre artillerie riposte à l’artillerie ennemi. L’artillerie qui est derrière nous, ce sont des gars du nord qui laissent écraser les fantassins qui sont des gars du midi. Il a fallu que le général de brigade supplie les artilleurs de tirer mais l’artillerie ennemie avait fait son travail. " Voilà l’amour que l’on a entre Français ".


Le 15 avril, on est relevé, on va au repos à Ludes. On nous vaccine contre la fièvre "antiparatyphoïdique". Cette fois, on a le filon d’être piqué, car on serait obligé d’aller chaque jour faire des tranchées.
Le 21 avril, on va relever au bois des Zouaves. Pendant la relève, il a plu tout le temps. Les tranchées sont mauvaises : pas d’abris potables car on est obligé de se mettre une claie en bois pour ne pas coucher dans l’eau. Chaque jour, nous tirons des torpilles et les boches répondent par des obus.
Le 27 avril, on est relevé par la première ligne, on va en réserve. Messieurs les boches nous bombardent avec des miniers.
Le 29 avril, on est relevé par le 61 éme. On va en réserve au petit Sillery, aux abris qui longent le canal de la Marne. Chaque soir, on fait des tranchées aux abords du village de Sillery.

Le 5 mai au soir, après avoir bombardé les tranchées ennemies, le 2 éme bataillon fait une reconnaissance dans une tranchée ennemie en faisant un prisonnier et en a tué plusieurs. Nous de ce temps-là, on est en alerte en cas que les boches fassent une contre-attaque.
Le 6 mai, nous allons relever en première ligne à gauche, le 2 éme bataillon qui avait enlevé le petit poste boche. Là, nous avons eu deux blessé dans la compagnie.

Le 14 mai, on est relevé, on va en réserve à la cuvette de la station de Sillery, à 20 mètres de la voie ferrée.
Le 20 mai à 8 heures du soir on assiste à un combat d’avion. L’avion français en étant plus haut, mitraille l’avion boche et l’oblige à abandonner le combat et il le force à atterrir dans un bois, derrière ses lignes.
Le 22 mai, le bataillon est relevé des tranchées et va au repos à Ludes, mais ma compagnie reste en réserve du régiment à Bellevue, où les abris touchent le canal. Il vaut mieux être là qu’au repos, on ne travaille pas trop et l’on peut bien se ravitailler.
Le 28 mai au soir, on va relever en première ligne à gauche de l’ouvrage 9. Je suis à la même tranchée où fut blessé Pujol l’année dernière au mois d’août. Le secteur est assez calme. Mais il faut faire attention quand on est dans la tranchée car, à cet endroit, les boches envoient de temps en temps des rafales d’obus de 88.

Le 3 juin, nous allons en réserve à l’ouvrage 9 où l’on est logé dans un magnifique abri à 10 mètres sous terre. Au bout de deux jours, on nous apprend que l’on est relevé du secteur. Le 6 juin au soir, on est relevé par le 174 éme qui vient de Verdun. Pendant le cours de la relève, on passe à Sillery, Puisieulx et l’on va cantonner à Ludes pour se reposer un peu car ma compagnie avait fait 46 jours de tranchées , sans aller au repos.
Le 7 juin au soir, on quitte Ludes à 8 heures, on passe à Chigny les Roses, à Rilly la montagne, à Villers-Allerand, à Monchenot, à Sermiers, à Marfaux et l’on va cantonner pour une nuit à Chaumuzy.

 

20 mai 1916

         Extrait de Souvenirs de guerre d'Eugène BAUDOIN

En 1916, année où j’ai été blessé, un avion boche survolait journellement, à basse altitude, tranchées et boyaux, nous l’avions surnommé : « Fantomas ».

 

Avec le soldat FÉRAMUS, originaire du Nord, PONÉTA de Ludes (Marne), nous dirigions une équipe de fantassins de notre classe (1916) dans la construction de « nids de mitrailleuses » qui contenaient 3 hommes maximum, ligne de soutien en cas d’attaque de la 1ère ligne.

 

L’abri de notre section était à quelques 500 mètres de là. Chaque jour, vers 10 heures, on s’y rendait pour manger.

 

Deux itinéraires, un boyau sinueux qui allongeait le parcours ou une route camouflée et plus courte, que nous prenions le plus souvent. Nous pensions être hors de vue des observateurs boches.

 

Le 20 mai 1916, nous marchions côte à côte sans souci, lorsque, une ordonnance avec 2 chevaux qui attendait un officier, nous a interpellés. J’étais à la droite de mes deux copains, le hasard a voulu que je passe à gauche, à ce moment précis, pour lui répondre, car, après quelques secondes nous avons entendu un sifflement.

          PONÉTA a crié : « attention… c’est pour nous ! ».

 

Nous nous couchons, l’obus éclate, j’ai senti un choc, une brûlure derrière la hanche gauche, mes deux copains étaient immobiles, l’un la tête traversée, l’autre des éclats dans la poitrine, j’ai appris, plus tard, ces détails au poste de secours.

Me traînant dans le boyau proche, j’y trouvais des territoriaux et je leur ai dit qu’il y avait deux copains restés sur la route... Le bombardement continuant, personne n’est allé les chercher.

 

Ma jambe commençait à s’ankyloser, je me suis traîné jusqu’à l’abri où nous devions manger. J’ai expliqué à des brancardiers que mes deux copains étaient restés, ils sont allés les chercher. Je ne pouvais plus marcher, on m’a transporté au poste de secours, c’était un abri enterré.

Le bombardement continuait, le tir s’allongeant, qu’avaient donc vu les boches ?

 

Quelques artilleurs français sont venus me voir, ils ont regardé ma plaque d’identité : « Reims, 1163 classe 1916 ». Je n’avais pas encore 20 ans, certains avaient les larmes aux yeux, d’autres me donnaient de la ’’gnole’’ : « T’en fais pas gamin, on va leur en foutre plein la gueule à ces salauds ! »

 

Enfin ! On me transporte dans le centre de secours, couché sur le ventre, je ne pouvais plus bouger. Le Major, aidé des brancardiers, examine ma blessure, il en extrait un éclat de 6 cm et dit : « Veinard, c’est la bonne blessure, ce sera 20 jours de convalescence. Ce n’est pas comme tes copains. »

On embarque les blessés, dont moi-même, dans une Ford sanitaire dans laquelle nous étions secoués comme des pruniers.

PONÉTA, sans connaissance depuis le début, ne bougeait pas…

 

Nous arrivons enfin à Cuperly, l’hôpital de campagne fait de toiles de tente. Je suis séparé de mes compagnons, on me fait une piqûre antitétanique, je passe la nuit sur un lit de camp à côté d’un inconnu qui a eu une mort atroce, malgré les ballons d’oxygène, ses poumons étaient brûlés par les gaz.

 

Le lendemain matin, j’ai demandé des nouvelles de mes copains, réponse de l’infirmier: « Ils sont morts »

FERAMUS Julien Théodore Marcel, 20 ans, sapeur-mineur, 101e compagnie du 9e régiment de génie, mort pour la France le 20 mai 1916 à Cuperly. Il était né à Sallaumines (62) le 1e juin 1896.

PONETA Lucien Eugène, 20 ans, sapeur-mineur, 101e compagnie du 9e régiment de génie, mort pour la France le 20 mai 1916 à Cuperly. Il était né à Verzy (Marne) le 22 avril 1896.

 

2 octobre 1916

        L'Eclaireur de l'Est indique que la médaille militaire a été conférée à Louis Nicolas HAGEN, soldat à la 23e compagnie du 354e d'infanterie : "Très bon soldat et d'une bravoure à toute épreuve ; blessé grièvement le 23 mai 1916 dans l'accomplissement de ses devoirs". La présente nomination comporte l'attribution de la Croix de guerre avec palme. Le jeune décoré est natif du Craon de Ludes et y habite avec toute sa famille.

 

25 novembre 1916

           Arrivée dans le secteur de Ludes de la première brigade spéciale Russe. Elle tiendra le secteur de Ludes jusqu'au 20 février 1917.

 

14 décembre 1916

         Désiré Auguste LESTIENNE, soldat au 291° régiment d'infanterie territoriale, né le 31 janvier 1873 à Monseron (Belgique), s'est suicidé par pendaison à Ludes.

 

21 décembre 1916

          Jean Antoine MARQUET, né le 23 mars 1875 à Maurs (Cantal), soldat au 300° régiment d'infanterie, est décédé à l'ambulance russe de Ludes des suites de blessures de guerre.

 

28 décembre 1916

Visite du général russe Lovitsky à Ludes. Le général Lovitsky commande les deux brigades russes qui sont venue combattre sur le front français.

 

1917 René DUBUC

René Dubuc (1891-1974) fait ses études de médecine et rejoint le service de santé des armées. Il se porte volontaire pour aller combattre aux côtés des Russes et il intègre l’ambulance chirurgicale automobile Russe N°2 qui sera affectée à Ludes.

 

Dubuc nous offre de précieux témoignages du quotidien de la 1ère brigade au moyen de portraits qui furent exécutés sur le vif.

 

                                                                            

 

Légende en bas de feuille : Le Balalaïkiste qui venait jouer pour les blessés Russes (Ludes-le-coquet 1917)